De Morteau et Villers-le-Lac, en face du Locle et du canton de Neuchâtel, jusqu'à Besançon, Pontarlier ou Montbéliard, une partie importante des actifs du Doubs travaille en Suisse et vit en France. C'est une situation patrimoniale à part entière : vos revenus sont suisses, votre résidence fiscale est française, votre retraite dépend des deux systèmes — et 2026 change une partie des règles du jeu.
Ce qui change depuis le 1er janvier 2026
La convention fiscale franco-suisse évolue avec l'avenant du 27 juin 2023, pleinement applicable depuis cette année. Elle distingue désormais deux situations : les « frontaliers traditionnels », qui restent sous l'ancien régime avec imposition à la source en Suisse, et les nouveaux frontaliers ayant démarré leur activité après le 1er janvier 2025, soumis à une imposition partagée — déclaration en France, avec possibilité d'un impôt complémentaire. Selon votre canton d'activité et votre date d'entrée en poste, votre situation fiscale n'est donc plus automatiquement celle de vos collègues plus anciens.
Si vous travaillez dans l'un des huit cantons frontaliers concernés — Vaud, Valais, Neuchâtel, Jura, Berne, Bâle-Ville, Bâle-Campagne ou Soleure — et rentrez en règle générale chaque jour en France, ce régime spécifique s'applique à vous. C'est notamment le cas de nombreux frontaliers du Doubs travaillant dans le canton de Vaud ou de Neuchâtel, une situation suivie de près jusqu'au niveau parlementaire tant les difficultés d'application remontent du terrain.
Le 2e pilier (LPP) : ce qu'il devient si vous résidez en France
La convention fiscale franco-suisse prévoit que les retraits en capital du 2e pilier (LPP) sont imposés dans votre pays de résidence fiscale — la France, si c'est là que vous vivez. Concrètement : votre rente AVS, votre LPP et votre éventuelle retraite française seront toutes imposées en France le jour de votre départ à la retraite. C'est un point trop souvent découvert au moment de la liquidation, alors qu'il se prépare des années à l'avance.
Le 3e pilier a-t-il encore un intérêt si vous êtes imposé en France ?
C'est l'un des points les plus mal connus : depuis 2021, le 3e pilier suisse a perdu une grande partie de son avantage fiscal pour les frontaliers imposés en France. Beaucoup continuent pourtant à cotiser par habitude, sans avoir recalculé si l'outil reste réellement pertinent dans leur situation.
Le vrai levier, souvent négligé : les outils français
Puisque votre imposition se joue en France, c'est aussi en France que se trouvent vos meilleurs leviers. Le PER en particulier peut devenir l'un des outils les plus puissants à votre disposition : chaque versement réduit votre revenu imposable en France, avec un effet d'autant plus fort que votre tranche marginale d'imposition est élevée — ce qui est fréquemment le cas pour un salaire suisse converti en euros. L'assurance vie complète utilement le dispositif pour l'épargne que vous voulez garder disponible ou destinée à la transmission.
Attention à un point souvent confondu en ligne : la déductibilité des primes d'assurance vie pour un frontalier ne concerne que le statut de quasi-résident genevois — elle ne s'applique pas aux frontaliers du Doubs, imposés en France dans les cantons de Vaud, Neuchâtel, Jura ou Berne. Pour vous, l'intérêt de l'assurance vie se joue sur sa fiscalité française après 8 ans et sur la transmission, pas sur une déduction à l'entrée.