C'est une des situations les plus fréquentes que je vois en bilan patrimonial : un salarié ou un cadre qui perçoit chaque année une prime de participation ou d'intéressement, versée automatiquement sur son plan d'épargne entreprise, sans jamais avoir vraiment regardé où elle est placée ni ce qu'il pourrait en faire. Ce n'est pas de la négligence, c'est simplement que personne ne prend le temps d'expliquer comment ça marche. Voici l'essentiel, pour arrêter de laisser cet argent dormir.
Participation, intéressement, abondement : les trois briques
La participation redistribue une part des bénéfices de l'entreprise à ses salariés. Elle est obligatoire à partir de 50 salariés, et de plus en plus répandue en dessous. L'intéressement est facultatif et récompense l'atteinte d'objectifs collectifs fixés par accord d'entreprise, que l'entreprise fasse ou non des bénéfices. Dans les deux cas, vous pouvez toucher la somme immédiatement (elle est alors imposée comme un revenu) ou la placer sur un plan d'épargne salariale, ce qui vous fait échapper à l'impôt sur le revenu.
L'abondement est un troisième mécanisme, souvent sous-utilisé : quand vous versez vous-même de l'argent sur votre plan, l'entreprise peut compléter ce versement, dans une certaine limite. C'est, concrètement, de l'argent que votre employeur vous donne en plus de votre salaire, sans charges ni impôt à l'entrée. Peu de salariés versent volontairement pour aller chercher cet abondement, souvent par simple méconnaissance.
PEE ou PERCO : deux enveloppes, deux horizons
C'est le point le plus mal compris. Le Plan d'Épargne Entreprise (PEE) et le PERCO (rebaptisé PERECO ou « PER collectif » depuis octobre 2020, mais toujours appelé PERCO par la plupart des salariés et des services RH) ne suivent pas du tout la même logique : le PEE est fait pour un projet à moyen terme, le PERCO pour la retraite. Confondre les deux revient à bloquer sur 20 ans une épargne que vous vouliez mobiliser pour un achat immobilier dans 5 ans, ou inversement à dépenser trop tôt une épargne pensée pour votre retraite.
PEE et PERCO, côte à côte
Disponibilité
PEE : bloqué 5 ans, sauf cas de déblocage anticipé. PERCO/PERECO : bloqué jusqu'à la retraite, avec beaucoup moins de cas de sortie anticipée.
Plafond d'abondement 2026
PEE : jusqu'à 3 844,80 € par an (8 % du PASS). PERCO/PERECO : jusqu'à 7 689,60 € (16 % du PASS, le double). Cumulés, jusqu'à 11 534,40 € par an et par salarié.
Sortie à l'échéance
PEE : uniquement en capital. PERCO/PERECO : au choix, en capital (en une fois ou fractionné) ou en rente viagère.
Cas de déblocage anticipé
PEE : une dizaine de cas (achat de la résidence principale, mariage ou pacs, naissance d'un 3e enfant, fin de contrat...). PERCO/PERECO : une poignée seulement, centrés sur les coups durs (décès, invalidité, surendettement, fin de droits au chômage) et l'achat de la résidence principale.
L'avantage fiscal que peu de salariés exploitent vraiment
Les sommes placées sur un PEE ou un PERCO/PERECO, qu'il s'agisse de participation, d'intéressement ou d'abondement, échappent à l'impôt sur le revenu dès le départ, contrairement à la même somme touchée directement sur votre compte, qui aurait été imposée comme un complément de salaire. Une fois l'argent placé, seuls les gains générés par le placement supportent des prélèvements sociaux, passés de 17,2 % à 18,6 % depuis le 1er janvier 2026 (loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, comme pour le PER), mais pas la somme elle-même, qui reste totalement exonérée.
Ajoutez l'abondement à cette mécanique et l'intérêt devient encore plus net : c'est, dans le meilleur des cas, jusqu'à plus de 11 500 € par an que votre employeur peut vous verser en plus de votre salaire, sans charges pour vous ni impôt sur le revenu à l'entrée. Peu de dispositifs offrent un effet de levier comparable, et la majorité des salariés ne vont jamais chercher cet argent faute d'avoir compris le mécanisme.
Le piège du fonds par défaut
Faute d'arbitrage explicite de votre part, les sommes versées sont automatiquement placées sur le support par défaut du plan, généralement prudent, parfois un simple fonds monétaire qui ne rapporte guère plus qu'un livret. Sur un horizon de blocage de 5 ans pour le PEE, et surtout de plusieurs dizaines d'années pour le PERCO/PERECO d'un salarié en début de carrière, ce choix par défaut peut représenter un manque à gagner considérable par rapport à une allocation réellement dimensionnée à votre horizon. C'est le point que je vérifie en premier avec un client qui a de l'épargne salariale : sur quel support est-elle vraiment investie, et depuis combien de temps personne n'y a touché.
Ce que je regarde concrètement avec vous
L'épargne salariale ne se pilote jamais en vase clos, c'est là que je peux vraiment apporter quelque chose au-delà de l'arbitrage du support. Une fois arrivée à échéance, elle peut utilement venir alimenter un PER individuel pour continuer à réduire votre revenu imposable, ou une assurance vie si vous voulez garder de la disponibilité, le bon choix dépend de votre tranche d'imposition et de vos projets du moment, exactement la même logique que pour n'importe quel autre placement. Je regarde aussi si une partie de votre épargne est investie en actions de votre propre entreprise : concentrer une part trop importante de votre patrimoine sur l'employeur qui vous verse déjà votre salaire est un vrai risque en cas de coup dur pour l'entreprise, et c'est un point que je fais systématiquement rééquilibrer quand c'est le cas.
Questions fréquentes
PEE ou PERCO : lequel privilégier ?
Ça dépend de votre horizon. Le PEE convient à un projet à 5 ans (achat immobilier, par exemple), le PERCO/PERECO à une épargne pensée pour la retraite. Rien n'empêche d'utiliser les deux en parallèle si votre entreprise les propose.
Le PERCO existe-t-il encore, ou est-il devenu le PERECO ?
Depuis octobre 2020, les nouveaux plans s'appellent PERECO (ou « PER collectif »). Les anciens PERCO continuent d'exister et fonctionnent de façon très proche. La plupart des salariés et des services RH continuent d'ailleurs à dire « PERCO » par habitude.
Quels sont les impôts sur un PEE ou un PERCO ?
Les sommes placées (participation, intéressement, abondement) échappent à l'impôt sur le revenu. Seuls les gains générés par le placement supportent des prélèvements sociaux, à 18,6 % depuis le 1er janvier 2026.
Peut-on retirer l'argent avant l'échéance ?
Uniquement dans les cas de déblocage anticipé prévus par la loi (achat de la résidence principale, mariage, naissance d'un 3e enfant, invalidité, décès, fin de droits au chômage selon le plan). En dehors de ces cas, l'argent reste bloqué jusqu'au terme.
Faut-il vraiment verser volontairement sur son épargne salariale ?
Ça dépend surtout de l'abondement proposé par votre entreprise : s'il existe, un versement volontaire peut être doublé ou triplé par l'employeur jusqu'à un certain plafond, ce qui en fait souvent l'un des placements les plus rentables à votre disposition avant même de parler de performance du support.