Le déficit foncier revient régulièrement dans mes rendez-vous, mais presque jamais comme premier réflexe : c'est souvent moi qui le mentionne à un client qui a déjà un bien locatif nu et des travaux à venir, pas l'inverse. C'est un mécanisme utile, mais réservé à une situation précise, pas un produit à vendre à tout le monde.
Le mécanisme en clair
Si vous louez un bien nu (non meublé) et que vous êtes au régime réel, vous déduisez chaque année vos charges (travaux, taxe foncière, intérêts d'emprunt, assurance, frais de gestion) de vos loyers. Quand ces charges dépassent vos loyers, vous êtes en déficit foncier. Ce déficit ne se traite pas tout en bloc :
- La part hors intérêts d'emprunt (travaux, taxe foncière, gestion...) s'impute sur votre revenu global, dans la limite de 10 700 € par an (article 156 du Code général des impôts).
- La part liée aux intérêts d'emprunt, ainsi que l'excédent au-delà de 10 700 €, ne s'imputent que sur vos revenus fonciers des 10 années suivantes, jamais sur votre revenu global.
C'est ce deuxième point qui change tout dans le calcul : si vous avez peu ou pas d'autres revenus fonciers, cette part de déficit peut rester inutilisée pendant des années.
Le plafond doublé à 21 400 €, prolongé jusqu'en 2027
Pour sortir un bien de son statut de passoire thermique, le plafond de 10 700 € est doublé à 21 400 € par an. La loi de finances pour 2026 a prolongé ce dispositif jusqu'au 31 décembre 2027, sous plusieurs conditions cumulatives :
- Le bien doit afficher un diagnostic de performance énergétique (DPE) E, F ou G avant travaux.
- Les travaux doivent le faire passer en classe D ou mieux, justifié par un second DPE réalisé avant le 31 décembre 2027.
- Seuls les travaux payés entre le 1er janvier 2023 et le 31 décembre 2027 sont concernés.
- Le montant des aides perçues (MaPrimeRénov', CEE, éco-PTZ) doit être déduit du montant des travaux déclarés en déficit foncier.
La règle des 3 ans, à ne jamais oublier
L'imputation sur votre revenu global n'est définitive qu'à une condition : maintenir le bien en location nue jusqu'au 31 décembre de la troisième année suivant celle où vous avez imputé le déficit. Revendre ou transformer le bien en meublé avant ce terme permet à l'administration fiscale de remettre en cause l'avantage obtenu, avec un rappel d'impôt à la clé.
Mon avis : pourquoi je ne le recommande jamais pour un foncier modeste
Le déficit foncier n'a d'intérêt réel que si vous avez déjà des revenus fonciers conséquents à compenser, ou une tranche d'imposition suffisamment élevée pour que 10 700 € (ou 21 400 €) de déduction pèsent vraiment sur votre feuille d'impôt. Sur un foncier modeste, l'essentiel du déficit part en report sur 10 ans sans jamais être utilisé, et vous vous êtes engagé sur des travaux importants pour un avantage fiscal qui reste largement théorique.
Je vérifie systématiquement deux choses avant d'en parler à un client : le niveau réel de ses revenus fonciers, et si les travaux envisagés ont un sens en dehors de l'aspect fiscal (amélioration réelle du bien, capacité à relouer plus cher). Un déficit foncier qui ne sert qu'à faire des travaux qui n'en valaient pas la peine n'est jamais une bonne opération, même avec le plafond doublé.