Selon le dernier bilan publié par la Caisse des Dépôts en mars 2026, 7,87 milliards d'euros de comptes et contrats d'épargne restent aujourd'hui sans réclamation, tous types confondus (comptes bancaires inactifs et assurances vie). Sur la seule année 2025, 758 395 comptes et contrats ont basculé dans cette situation. En face, 174 000 dossiers ont été restitués à leurs bénéficiaires pour un montant moyen de 943 €. Ce n'est pas un phénomène marginal : c'est une somme qui dort chaque année, faute que quelqu'un pense à vérifier.
Pourquoi une assurance vie finit en déshérence
Un contrat d'assurance vie est dit « en déshérence » quand son souscripteur est décédé et que l'assureur n'a pas réussi à identifier ou à joindre le bénéficiaire désigné. Trois situations reviennent le plus souvent dans les dossiers que je vois passer : le souscripteur n'a jamais parlé de ce contrat à ses proches (une assurance vie ouverte des années plus tôt, parfois via un ancien employeur ou une banque quittée depuis), la clause bénéficiaire est restée vague (« mes héritiers », sans nom ni coordonnées), ou le bénéficiaire a lui-même déménagé sans que l'assureur puisse le retrouver.
La loi impose pourtant aux assureurs de vérifier chaque année, via le fichier des personnes décédées de l'INSEE, si l'un de leurs souscripteurs est mort (article L132-9-3 du Code des assurances). Mais identifier le décès ne suffit pas à identifier le bénéficiaire : c'est exactement le même problème que j'ai détaillé dans cet article sur la clause bénéficiaire et le notaire : une clause imprécise bloque le versement même quand l'assureur sait très bien que son client est décédé.
La démarche gratuite pour vérifier : AGIRA
Si vous pensez être bénéficiaire d'un contrat que vous ignoriez, la première étape est une recherche auprès de l'AGIRA (Association pour la Gestion des Informations sur le Risque en Assurance), qui centralise cette demande pour l'ensemble des assureurs du marché. La démarche se fait en ligne sur agira-vie.fr, ou par courrier, en joignant l'acte de décès du souscripteur et un justificatif de votre lien avec lui (livret de famille, testament, ou tout document établissant que vous pourriez être bénéficiaire). Elle est ouverte à toute personne qui se pense bénéficiaire, à un héritier, ou à un notaire agissant pour son compte.
Une fois la demande reçue, l'AGIRA la transmet à l'ensemble des compagnies d'assurance sous 15 jours. Chaque assureur dispose ensuite d'un mois pour répondre. L'absence de réponse dans ce délai signifie qu'aucun contrat n'a été identifié à votre nom. La démarche ne coûte rien, et il n'est pas nécessaire d'être sûr à 100 % de l'existence d'un contrat pour la lancer.
Éviter que ça arrive un jour à vos propres bénéficiaires
La meilleure protection contre la déshérence ne se joue pas après un décès, elle se joue avant. Deux réflexes suffisent : dire à ses bénéficiaires que le contrat existe, même sans détailler le montant, et rédiger une clause bénéficiaire nominative et complète (nom, prénom, date et lieu de naissance) plutôt qu'une formule générique. C'est exactement ce que je revois avec mes clients à chaque changement de situation familiale, et que je détaille dans cet article sur le démembrement de clause pour les situations plus complexes (conjoint et enfants d'un premier lit notamment).
Dans un bilan patrimonial, je pose systématiquement la question des anciens contrats : une assurance vie ouverte il y a vingt ans dans une agence qui n'existe plus, un contrat d'épargne salariale d'un employeur quitté depuis longtemps, un compte oublié après un déménagement. Retrouver ces sommes n'est que la première étape : la vraie question ensuite, c'est de savoir si elles sont encore placées de façon pertinente pour vos objectifs actuels, ou si elles dorment sur un support qui ne vous correspond plus.